Les Affaires
Immobilier Samedi 12 mai 2001 43

Elliott Aintabi, l'homme qui flaire les occasions
Jesta sur le point d'acheter sept propriétés de la Ville de Montréal
Dubuc, André


Elliott Aintabi n'aime pas s'attacher aux immeubles. Le président de Jesta Capital, de l'Île-des-Soeurs, achète rarement à long terme.

Prenons l'exemple de l'édifice du 625, Président-Kennedy, au centre-ville de Montréal. Achetée pour moins de 2,8 M$ en novembre 1997, la tour de bureaux a été revendue pour 4,6 M$ en mai 1998. Jesta a réalisé un profit de 1,8 M$ après cinq petits mois.

Ce que Jesta a fait avec le 625, Président-Kennedy, elle souhaite le réaliser à nouveau avec les sept immeubles de la Société de développement de Montréal (SDM) qu'elle est sur le point d'acquérir, parmi lesquels l'édifice de Softimage, au 3510, Saint-Laurent.

"Ce portefeuille est composé d'une variété d'immeubles ayant un potentiel pour l'avenir", explique Michèle Veilleux, vice-présidente, affaires juridiques et publiques de Jesta Capital, lors d'un déjeuner d'affaires.

En cours de repas, le fondateur et propriétaire unique - "son meilleur coup en carrière, dira plus tard Mme Veilleux, est de ne pas avoir eu d'associé" - Elliott Aintabi, se joint à nous.

Plutôt court de taille, l'homme d'affaires de 49 ans est élégamment vêtu. Son teint méditerranéen rappelle ses origines libanaises. Le président de Jesta aime les bonnes choses de la vie, nous dit-on: les grands crus, la cuisine du Beaver Club et les femmes. Pendant la conversation, il se montre affable.

Après un diplôme en comptabilité à l'Université McGill, M. Aintabi a oeuvré au sein de l'industrie pharmaceutique, notamment pour Abbott Laboratories. Quelques années plus tard, il a rencontré le président d'Investissements Mirelis, Naïm Lévy, qui lui a alors confié la gestion de Place Crémazie.

Ce fut le début de l'association entre Mirelis et M. Aintabi, qui a mené ce dernier à la vice-présidence de Mirelis Properties, poste qu'il a quitté en 1992 pour former Jesta Capital.

Onze ans plus tard, les affaires se portent bien. La valeur des propriétés de Jesta est passée de 400 à 610 M$ depuis 1998. La société emploie 430 personnes en Amérique et en Europe, dont près de 250 au siège social de l'Île-des-Soeurs. Le chiffre d'affaires annuel est de 155 M$.

"Il y a deux dates importantes dans l'histoire de Jesta: 1952 et 1968. Il s'agit de l'année de naissance de son fondateur et l'année de son arrivée au Canada", dit Mme Veilleux.

Compagnie discrète, Jesta est moins connue que sa filiale Structures Métropolitaines, qui possède les 3 100 logements locatifs de l'Île-des-Soeurs, dont les prestigieux appartements dessinés par l'architecte Ludwig Mies Van der Rohe.

M. Aintabi, qui est aussi prêteur hypothécaire, en est devenu propriétaire en 1995 après avoir rappelé un prêt en défaut consenti au propriétaire. L'imposant parc immobilier avait été construit par des promoteurs de Chicago qui l'ont vendu à un tiers, plus tôt en 1995.

140 M$ à Montréal

L'expansion des dernières années se poursuivra, s'il faut en croire la porte-parole de Jesta. "Nous sommes en discussions avec la Ville de Saint-Laurent pour faire modifier le zonage pour le projet Côte Vertu". Ce projet consiste en la construction de 160 maisons et de 300 condominiums au coût de 40 M$.

Jesta envisage aussi de construire un hôtel de 44 étages rue Sherbrooke Ouest, au coin de la rue Bleury, un projet de 100 M$. "Les chambres rentables sont situées à partir du 25e étage, où les clients ont une vue imprenable sur la montagne", explique Mme Veilleux, d'où l'importance d'obtenir de la Ville de Montréal l'autorisation de construire 44 étages.

L'assemblage des terrains est pratiquement terminé. La Ville de Montréal doit cependant accepter par règlement la construction en "surhauteur" pour que le projet lève de terre.

Par ailleurs, M. Aintabi a récemment vendu ses terrains à côté du marché Atwater à un groupe d'investisseurs, dont le Groupe Canvar, propriété de Pierre Varadi. La transaction s'est conclue pour 3,6 M$. "Jesta a connu du succès en achetant des immeubles déjà existants, rappelle Mme Veilleux, On n'est pas un développeur."

Jesta Capital n'agit pas autrement outre-mer. Elle vient d'acquérir trois propriétés à Paris d'une valeur de 50 M$, portant la valeur du portefeuille français à 200 M$ pour 18 immeubles. C'est Alain Hazan qui est le président, Europe, de Jesta.

Comment M. Aintabi réussit-il à financer tous ses projets ? "Il a fait son argent à Houston à la fin des années 1980 à un moment où il était possible de mettre la main sur un immeuble de 3 M$ pour aussi peu que 50 000 $ d'avoir propre", répond Mme Veilleux.

Prospère, l'entrepreneur a néanmoins essuyé des revers. Les pyramides du Village olympique lui ont échappé en 1998, quand la Régie des installations olympiques (RIO) a préféré l'offre du Groupe Metro Capital, de Toronto. Toujours en 1998, les soeurs du Bon-Pasteur ont levé le nez sur son offre de 125 M$ pour racheter le Marché Central, en faillite.

Sa compagnie d'aviation Astoria - pour laquelle l'ex-président de Nationair, Robert Obadia, a travaillé à titre de consultant - ne vole plus.

Son incursion dans le transport aérien ne sera pas sa dernière escapade hors de l'immobilier. M. Aintabi saisit les occasions qui se présentent, peu importe le domaine.

Il est ainsi propriétaire des Articles ménagers Dura, une manufacture de mobilier d'extérieur. Le siège social est à l'Île-des-Soeurs et les usines sont au Mexique. Les ventes s'élèvent à 35 M$ par année, concentrées en Amérique latine.

De même, Jesta a l'oeil sur la Sidney Steel Corporation, une société d'État de la Nouvelle-Écosse en voie de privatisation. L'aciérie maîtrise la fabrication du hard head, pièce maîtresse du rail de chemin de fer.

À la fois comptable, promoteur immobilier, prêteur hypothécaire, manufacturier, et peut-être un jour métallurgiste, M. Aintabi se fait aussi mécène. On compte parmi les bonnes oeuvres qui bénéficient de ses dons l'orchestre I Musici et l'Association des dépressifs et des maniaco-dépressifs.

dubuca@transcontinental.ca

COUP D'OEIL SUR L'ENTREPRISE

NOM Jesta Capital

FONDATION 1992

ACTIONNAIRE Elliott Aintabi

SIÈGE SOCIAL Île-des-Soeurs

CHIFFRES D'AFFAIRES 155 M$ par an

EMPLOYÉS 430

VALEUR DU PORTEFEUILLE IMMOBILIER 610 M$

FILIALES Structures Métropolitaines, Jesta Management, Articles Ménagers Dura, Polycar de Mexico

LE PORTEFEUILLE DE LA SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DE MONTRÉAL (SDM)

3510, Saint-Laurent (édifice Softimage)
740, Saint-Maurice
444, Saint-Paul
480, Saint-Laurent
5020, Saint-Patrick
1201, De Condé
1250, Sanguinet (CLSC)
Source: SDM

ILLUSTRATION

Elliott Aintabi, président et directeur général de Jesta Capital

Michèle Veilleux, vice-présidente affaires juridiques et publiques

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